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Bicentenaire de la photo : comment l’image a changé le voyage

Voyageuse prenant une photo. Architecture moderne
Voyageuse prenant une photographie.

200 ans de photographie : comment l’image a changé notre manière de voyager

La photographie célèbre son bicentenaire. Deux siècles après le Point de vue du Gras de Nicéphore Niépce, de nombreux événements culturels rendent hommage à une invention qui a bouleversé notre manière de voir et de raconter le monde.

Vue du Caire (Egypte) dans "Description de l'Egypte - Etat moderne"
Vue du Caire (Egypte) dans « Description de l’Egypte – Etat moderne »

Avant la photographie, le voyage dessiné

Pendant des siècles, rapporter une image de l’ailleurs supposait de savoir dessiner. Artistes du Grand Tour, savants en expédition et architectes remplissaient leurs carnets de paysages, de monuments et de scènes quotidiennes. Les dessinateurs de l’expédition d’Égypte de Bonaparte participèrent à un vaste inventaire du territoire, tandis qu’Eugène Delacroix retraça son voyage au Maroc de 1832 dans des esquisses.
Le carnet consignait une impression intime et fragmentaire. Les gravures et grands tableaux offraient, eux, une vision plus spectaculaire de l’ailleurs. Dans les deux cas, le réel était cadré et recomposé selon les codes de l’époque. La peinture orientaliste a notamment souvent transformé l’Afrique du Nord et le Proche-Orient en décors pittoresques, fantasmés pour le regard européen.

Peinture de Delacroix. Exercices militaires marocains. Evocation du voyage culturel au Maroc et peinture orientaliste.
Exercices militaires marocains – Eugène Delacroix

Photographier pour rapporter le monde

Au milieu du XIXe siècle, les procédés développés par Niépce puis Daguerre changent la donne. Les premiers photographes voyageurs, comme Maxime Du Camp en Égypte, Francis Frith au Moyen-Orient ou Samuel Bourne en Inde, emportent un matériel lourd et fragile pour rapporter des vues jugées plus objectives des sites et des populations rencontrées.
La photographie introduit une promesse nouvelle : celle de la preuve. Elle ne se contente plus de raconter un lieu, elle semble en attester l’existence. Pourtant, le choix du sujet, du cadrage et de la légende continue de construire une certaine vision de l’ailleurs, souvent marquée par le regard colonial.

Des images qui donnent envie de partir

À la fin du XIXe siècle, de nouvelles techniques d’impression permettent de reproduire les photographies de voyage à grande échelle dans la presse et les guides touristiques. La carte postale, elle, connaît un essor fulgurant à partir de 1900 : en France, on en échange plusieurs centaines de millions par an à la veille de la Première Guerre mondiale. Les vues de ports, de stations thermales ou de ruines antiques voyagent souvent plus que leurs destinataires.
Le tourisme s’empare rapidement de ce pouvoir d’évocation. Compagnies ferroviaires, aériennes et offices de tourisme choisissent quelques images pour incarner une destination entière : une gondole pour Venise, une pyramide pour l’Égypte, le mont Fuji pour le Japon. La photographie ne documente plus seulement un lieu, elle le résume et le rend désirable. On ne part plus avec un regard vierge, mais en quête de ces images que l’on connaît sur papier.

Des albums de vacances aux réseaux sociaux

En 1900, Kodak lance le Brownie, premier appareil vraiment accessible au grand public. Le voyageur devient lui-même producteur d’images et ambassadeur des destinations auprès de son entourage. Le geste photographique s’installe durablement dans le rituel du voyage et du retour.
Avec le smartphone et les réseaux sociaux, cette temporalité évolue : les images se partagent désormais pendant le séjour. Certains lieux acquièrent une visibilité soudaine, parfois difficile à absorber, tandis que les mêmes cadrages se répètent à l’infini sur nos écrans.
Mais ces plateformes ouvrent aussi d’autres perspectives. Habitants, artistes et voyageurs y montrent des scènes plus ordinaires, des atmosphères ou des lieux peu présents dans les guides. Entre image spectaculaire et récit plus intime, la photographie continue de façonner notre désir d’ailleurs.

Peut-on connaître le monde par la photographie ?

Une photo de voyage reste un fragment. Hors du cadre demeurent les sons, les odeurs, le rythme et les conversations qui donnent son épaisseur à un lieu ou une culture. Une façade ne raconte pas à elle seule l’histoire d’une ville ; un portrait peut figer une personne dans une représentation folklorisante réductrice.
Le geste photographique peut aussi contribuer à développer un regard singulier et attentif sur le monde. Il peut être vu comme une invitation à voyager plus lentement, à prendre du recul, et à penser sa propre place dans le monde. Il participe ainsi pleinement à la richesse d’un voyage culturel.
Aussi fragmentaire qu’elle soit, la photo conserve un immense pouvoir d’évocation. Elle ouvre une fenêtre sur l’ailleurs et donne parfois l’impulsion nécessaire pour aller plus loin. À nous ensuite de dépasser le cliché en allant à la rencontre des lieux, des cultures et des personnes qui les façonnent.

10 musées photo pour poursuivre le voyage

Le Bicentenaire de la photographie s’apprête à célébrer cet art dans toute la France et dans une trentaine de pays. Au-delà de cette programmation exceptionnelle, différents musées à travers le monde permettent d’explorer la photo et son histoire. Citons notamment :

• L’International Center of Photography – ICP (New York, États-Unis), fondé par Cornell Capa après la mort de son frère Robert.
• Le Tokyo Photographic Art Museum – TOP (Japon), qui accueille des expositions temporaires thématiques.
• Le George Eastman Museum (Rochester, États-Unis), plus ancien musée de photographie au monde, installé dans la demeure du fondateur de Kodak.
• Le Museum of Contemporary Photography – MoCP (Chicago, États-Unis), fondé en 1976 au sein du Columbia College.
• Le FOMU (Anvers, Belgique), installé dans un ancien entrepôt du quartier du Zuid.
• Le Museum für Fotografie (Berlin, Allemagne), qui abrite la collection de la Fondation Helmut Newton.
• Photo Elysée (Lausanne, Suisse), au cœur du quartier des arts de Lausanne.
• Le Museo Camera (Gurugram, Inde), qui relate l’histoire de l’appareil photo depuis les années 1850.
• La Maison de la Photographie de Marrakech (Maroc), qui retrace un siècle de photographie marocaine, de 1870 aux années 1950.


Plus près de nous, le Bicentenaire est l’occasion de découvrir le musée Nicéphore Niépce à Chalon-sur-Saône, ville natale de l’inventeur.

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