Prague occupe une place singulière dans l’histoire musicale européenne. Capitale politique et culturelle de la Bohême, elle a été au fil des siècles un centre actif de création, d’interprétation et de diffusion musicale. De Mozart à Dvořák, plusieurs compositeurs y ont trouvé un public attentif et des salles inspirantes. En préambule à notre voyage culturel “Prague, la musique en héritage” (du 29 mai au 2 juin 2026), partons à la découverte de la ville sur les traces de ces grandes figures.
Mozart (1756-1791), l’exception pragoise

Peu de villes peuvent revendiquer avec Mozart une relation aussi étroite que Prague. À la fin du XVIIIᵉ siècle, alors que Vienne se montre parfois distante, le public pragois accueille avec un enthousiasme remarquable Les Noces de Figaro, puis offre au compositeur l’une de ses plus grandes réussites : Don Giovanni.
Le 29 octobre 1787, Mozart dirige lui-même la création de l’opéra au Théâtre des États (Stavovské divadlo). Miloš Forman a mis en scène ce moment charnière dans le film Amadeus ; on peut aujourd’hui revivre un peu de sa puissance en assistant à un concert dans cette salle toujours en activité.
En tout, Mozart séjourne cinq fois à Prague et en République tchèque, où il retrouve un public conquis et des amis proches, comme le couple Dušek. Leur demeure transformée en musée, la villa Bertramka, donne un aperçu du quotidien pragois du compositeur.
Année après année, Mozart prend part au renouveau culturel de la ville, lui dédiant sa Symphonie no 38 en ré majeur, ou orchestrant l’opéra La clemenza di Tito pour le couronnement du roi Léopold II. À sa mort en décembre 1791, Prague lui rend un hommage à la hauteur de l’intensité de leur lien.
Smetana (1824-1884), père d’une musique tchèque

L’importance de Prague sur la scène musicale internationale ne se limite pas à l’influence des compositeurs étrangers. Elle est aussi intrinsèquement liée au renouveau culturel tchèque du XIXe siècle, porté par des figures comme Bedřich Smetana.
Considéré comme le père fondateur de la musique nationale, le compositeur n’a eu de cesse de traduire des motifs, des paysages et des récits propres à son pays. Tout près du pont Charles, le musée Smetana permet de s’imprégner de son parcours et son œuvre et d’explorer la genèse de Má Vlast (Ma patrie).
Sa musique continue de résonner dans toute la ville. Écouter une interprétation du poème symphonique Vltava (La Moldau) sous les ors Art Nouveau de la salle Smetana, à la Maison municipale (Obecní dům) offre un aperçu vivant de la musique tchèque.
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Dvořák (1841-1904), la Bohême et le monde

Plus cosmopolite dans sa trajectoire, Antonín Dvořák n’en reste pas moins profondément lié à Prague. C’est dans la capitale qu’il étudie, travaille, enseigne, et qu’il voit s’affirmer une renommée qui le mènera jusqu’aux États-Unis. Son langage musical, nourri de formes populaires et d’une écriture savante très maîtrisée, trouve à Prague un cadre et un public solides.
Le musée Antonín Dvořák, installé dans une élégante villa baroque, permet de retracer ce parcours, depuis les débuts modestes jusqu’aux grandes œuvres de la maturité. Le Rudolfinum, siège de l’Orchestre philharmonique tchèque où Dvořák a dirigé sa Symphonie no 9 “Du nouveau monde”, continue de célébrer son héritage.
À quelques kilomètres au nord de Prague, le village de Nelahozeves, où se trouve la maison natale du compositeur, complète ce portrait. L’ancienne auberge familiale, devenue musée, éclaire les racines rurales d’une œuvre souvent associée à l’idée de terroir bohémien, bien qu’ouverte sur le monde.
Janáček (1854-1928), la modernité teintée de folklore

Au départ proche de Dvořák, Janáček s’éloigne rapidement du romantisme de ses prédécesseurs pour développer un style original. Puisant dans le folklore morave et slave et dans les intonations de la parole, il crée une musique à la fois moderne et profondément enracinée dans la tradition populaire.
Sa relation avec Prague est complexe. Elle connaît différents remous, notamment au début du XXe siècle, lorsque le Théâtre National (Národní divadlo) refuse son opéra Jenůfa. Une version révisée est finalement jouée sur la scène mythique une dizaine d’années plus tard, confirmant la reconnaissance publique du compositeur et préfigurant l’ouverture de sa carrière à l’international.
Ses œuvres singulières continuent d’être jouées aujourd’hui à Prague, offrant une plongée dans une modernité musicale profondément ancrée dans la culture folklorique.
Où voir un concert classique à Prague ?

Pour prolonger l’expérience musicale à Prague et visiter la ville sur les traces des grands compositeurs, récapitulons les lieux incontournables où assister à un concert classique :
- Théâtre des États (Stavovské divadlo) : la salle historique où Mozart dirigea la première de Don Giovanni.
- Théâtre National (Národní divadlo) : symbole du renouveau culturel tchèque du XIXe siècle.
- Rudolfinum : siège de l’Orchestre philharmonique tchèque.
- Maison municipale (Obecní dům) : un joyau Art Nouveau abritant restaurants, café, salon d’apparat et une grande salle de concert.
- Opéra d’État (Státní opera) : programmation régulière d’opéras classiques et contemporains.
- Clementinum (Klementinum) : avec sa Chapelle des miroirs où Mozart s’est produit.
Il est aussi possible de vivre une expérience plus intimiste en assistant à un concert dans un lieu patrimonial plus confidentiel comme la bibliothèque du monastère de Strahov, lavilla Bertramka, le palais Lobkowicz (au sein de l’ensemble du Château de Prague), la Synagogue espagnole ou l’une des nombreuses églises de la ville.
Imprégnez-vous de l’histoire musicale tchèque et visitez ses lieux emblématiques en participant à notre voyage “Prague, la musique en héritage”, organisé en partenariat avec Music&Opera, du 29 mai au 2 juin 2026.